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Le procès d'Arlon - Mars 2004
 
 
   
 

Les Cours d'assises

Qu’est-ce qu’une cour d’assises ?

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La cour d’assises est une juridiction composée à la fois de magistrats professionnels et de citoyens, qui juge les infractions les plus graves et les plus délicates.
Elle est principalement compétente pour les crimes, les délits politiques et les délits de presse (sauf ceux inspirés par le racisme et la xénophobie).
La cour d’assises est une juridiction non permanente (elle ne fonctionne pas en continu). Le premier président de la cour d’appel fixe la date d’ouverture du procès d’assises et le déclare clos. La durée du procès n’est pas fixée par la loi.
Il y a une cour d’assises par province et une dans l’arrondissement administratif de Bruxelles Capitale. Elle siège au tribunal de première instance situé dans le chef-lieu de la province (à savoir : Anvers, Arlon, Bruges, Bruxelles, Gand, Liège, Louvain, Mons, Namur, Nivelles et Tongres).

Quels sont les acteurs d’une cour d’assises ?

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La cour proprement dite:
Elle est composée d’un président (magistrat du siège de la cour d’appel) et de deux assesseurs (magistrats du siège du tribunal de première instance où se tient la cour d’assises).
Le président dirige les débats et aide les jurés dans l’exercice de leurs fonctions.
Il a également un pouvoir de police qui lui permet de faire régner l’ordre à l’audience et le pouvoir de prendre toutes les mesures qu’il croit utiles à la découverte de la vérité (appelé pouvoir discrétionnaire).

Le jury:
Il est composé de 12 jurés effectifs et d’un ou de plusieurs jurés suppléants.
Les jurés sont désignés par tirage au sort (lire à ce sujet Comment devient-on juré ?).
Ils doivent :

  • être de nationalité belge,
  • jouir de leurs droits civils et politiques,
  • être âgés de 30 à 60 ans,
  • savoir lire et écrire ;
  • habiter la province où se tient le procès.

Le ministère public (ou parquet) :
Le ministère public est représenté par un membre du parquet général (procureur général ou son délégué) ou un membre du parquet du Procureur du Roi, délégué par le parquet général.
Les magistrats du ministère public veillent à l’application de la loi et aux intérêts généraux de la société. Leur rôle est indispensable à un procès pénal. Le ministère public soutient l’accusation.
Il a le droit :

  • de poser des questions aux témoins et aux experts par l’intermédiaire du Président de la Cour,
  • de faire des commentaires sur les déclarations des témoins,
  • de consulter le dossier et d’en obtenir une copie.

Enfin, c’est le ministère public qui requiert tant sur la culpabilité que sur la peine.

Le greffe:
Un greffier du tribunal de première instance assiste la cour en consignant sur papier tout le déroulement du procès. Il prend acte des demandes, des incidents et de l’accomplissement des formalités. Il dresse également le procès-verbal des audiences.

Les parties civiles:
Il s’agit de la victime ou de la personne qui se dit lésée par les faits reprochés à l’accusé. Généralement, ce sont les proches de la victime (conjoint, parents, enfants) si elle est décédée.
La partie civile peut être personnellement présente à l’audience, être représentée ou assistée par son (ses) avocat(s). Pour avoir droit à la parole lors du procès, la victime (ou ses proches) doivent se constituer partie civile, c’est-à-dire déclarer officiellement qu’elle demande la réparation de son préjudice.

Les avocats:
L’avocat a pour mission de conseiller et de représenter les intérêts de ses clients devant la justice.
La présence de l’avocat n’est pas obligatoire tant pour la partie civile que pour l’accusé.
L’accusé a le droit d’être assisté par l’avocat de son choix et, s’il n’a pas les moyens de le rémunérer, il doit pouvoir être assisté gratuitement par un avocat commis d’office (anciennement appelé avocat PRO DEO).

Les témoins:
L’audition de témoins permet de récolter des renseignements utiles et constitue un moyen de preuve.

Les experts
Les experts sont entendus pendant les débats devant la cour d’assises pour donner des explications de nature technique ou scientifique.
C’est le juge d’instruction qui peut demander une (des) expertise(s) pendant l’instruction judiciaire.

Comment devient-on juré ?

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On ne peut pas introduire une demande pour devenir juré. Les membres du jury sont choisis par tirage au sort (lire à ce sujet Tirage au sort). Ils seront ensuite appelés à se présenter à la cour d’assises le jour de l’ouverture du procès.

Choix des jurés
Tous les 4 ans, chaque commune constitue une liste de jurés. Ceux-ci sont tirés au sort parmi les électeurs de nationalité belge, âgés de 30 à 60 ans, qui jouissent de leurs droits civils et politiques.
Une fiche de renseignements est envoyée à toutes ces personnes pour déterminer si elle savent lire et écrire, si elles pourront suivre les débats dans la langue de la procédure, si elles exercent une profession, si elles ont un mandat politique, … et si elles pensent avoir des raisons qui justifieraient le fait qu’elles ne pourraient siéger.
Sont donc immédiatement exclues, sur la base des fiches, les personnes qui ne savent pas lire ou écrire, les personnes qui ne connaissent pas la langue qui sera utilisée lors du procès, les mandataires politiques, les magistrats, les greffiers, les hauts fonctionnaires,….
Les listes de jurés sont alors envoyées par les communes aux provinces, qui les transmettent à leur tour au président du tribunal de première instance du chef-lieu de la province.
A cette liste définitive, est annexée un relevé des personnes domiciliées dans l’arrondissement où siégera la cour d’assises. Ce relevé sert au tirage au sort des jurés suppléants.

Tirage au sort
Vingt jours au moins avant la date de l’ouverture du procès, le président du tribunal de première instance du chef-lieu de la province procède au tirage des jurés.
Trente noms seront tirés au sort dans la liste définitive (ce seront les candidats jurés effectifs) et trente noms dans le relevé des personnes domiciliées dans l’arrondissement où siégera la cour d’assises (ce seront les candidats jurés suppléants).
Toutes ces personnes sont citées par un huissier de justice à comparaître en personne devant la cour d’assises pour participer au tirage au sort du jury et, le cas échéant, prendre place dans le jury.

La constitution du jury
Le jour de l’ouverture de la session, le président de la cour d’assises fait appeler l’un après l’autre par le greffier les candidats jurés de ces deux listes.
La procédure se déroule en audience publique en présence du ministère public, de l’accusé et de son avocat, éventuellement de la partie civile et de son avocat.
A l’invitation du président, les candidats des deux listes peuvent demander d’être dispensés de siéger pour des motifs personnels, familiaux ou professionnels. La cour décide si les demandes sont justifiées.
Dans le groupe ainsi constitué, le président tire au sort les jurés effectifs qui se présenteront physiquement à la défense et au ministère public. Ceux-ci peuvent accepter ou refuser (récuser) les candidats, sans devoir motiver leurs décisions. Le nombre de récusations, égal pour la défense et pour le ministère public, est fixé par la loi en fonction du nombre de jurés suppléants. La défense récuse la première.
Le tirage au sort se termine dès que les douze jurés et les jurés suppléants (dont le nombre a été fixé par la cour) sont acceptés.

Le serment des jurés
Chacun des jurés (effectifs et suppléants) est invité par le président à prêter publiquement serment.
Le président adressera aux jurés debout le discours suivant :
« Vous jurez et promettez d'examiner avec l'attention la plus scrupuleuse les charges qui seront portées contre N., de ne trahir ni les intérêts de l'accusé, ni ceux de la société qui l'accuse; de ne communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration; de n'écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous décider d'après les charges et les moyens de défense, suivant votre conscience et votre intime conviction, avec l'impartialité et la fermeté qui conviennent à un homme probe et libre. »

Chacun des jurés, appelés individuellement par le président, répondra en levant la main : « Je le jure » à peine de nullité.
L’examen du dossier peut alors débuter.

Quels sont les droits des jurés ?

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Les jurés ont le droit :
  • de recevoir une copie de l’acte d’accusation et s’il existe de l’acte de défense ;
  • de poser des questions aux témoins et à l'accusé en demandant la parole au président ;
  • de prendre des notes ;
  • d’être indemnisés :

    Indemnité:
    Les jurés, effectifs et suppléants, ont droit à une indemnité de 34,55 EUR (en 2003) pour chaque jour où ils ont, soit siégé, soit assisté aux débats.
    Le juré qui a été convoqué mais qui n’a pas été retenu reçoit une indemnité de 8,52 EUR.
    Au-delà du cinquième jour de procès, l’employeur privé qui a continué à payer son salarié et l’indépendant ont droit à une indemnité.

    Frais de déplacement:
    Pour chaque jour où il a dû se rendre aux assises le juré a droit à 0,3541 EUR par kilomètre parcouru. La demande doit être adressée au président de la cour d’assises.

Quels sont les devoirs des jurés ?

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Si les jurés ont des droits, ils ont également des devoirs.
En prêtant serment, ils se sont engagés à :

  • juger impartialement (en mettant l’accusation et la défense sur un pied d’égalité);
  • juger d’après les seuls éléments qui sont produits en audience publique ;
  • n’exprimer leur jugement que dans leur verdict ;
  • respecter le secret des délibérations.

Devoir d’attention
Les jurés sont tenus d’être attentifs aux débats. L’inattention d’un juré, si elle est évidente, peut conduire la Cour, d’office ou à la requête d’une partie, à procéder à son remplacement par un juré suppléant.

Devoir d’impartialité
Les jurés doivent veiller à rester impartiaux et à ne pas manifester leur opinion ni sur la culpabilité de l’accusé, ni sur la crédibilité d’un témoin ou sur la valeur d’un élément de preuve.

Tout soupçon de partialité est immédiatement sanctionné par le remplacement du juré imprudent. Ainsi, encourager d’un geste ou d’un regard un témoin ou un avocat, prendre position sur un témoignage ou réagir à un témoignage, lors de la plaidoirie ou du réquisitoire, peuvent justifier le remplacement du juré responsable de tel écart.

Devoir de discrétion
Les jurés ne peuvent communiquer, à propos de l’affaire, avec des personnes étrangères au jury. Durant la session, il est interdit aux jurés :

  • de parler du procès à des tiers, à leur entourage familial ou professionnel, aux avocats, aux magistrats, aux témoins et experts, à l’accusé ;
  • de s’informer ailleurs qu’à l’audience publique ;
  • d’aborder les magistrats, avocats, témoins, experts et parties à la cause pour quelque motif que ce soit.

Les jurés ne peuvent donc faire d’enquête personnelle ou collégiale, donner rendez-vous à leurs collègues sur le lieu des faits ou s’y rendre en dehors de la présence de la Cour et des parties, chercher des conseils ou des informations auprès de tiers.

Comment se déroule un procès d’assises?

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On peut tracer les grandes lignes du déroulement d’un procès d’assises comme suit :
Le procès commence par la constitution du jury, la désignation des membres suppléants du jury et la prestation de serment des membres du jury.

Le procureur général (ou son délégué) lit ensuite l’acte d’accusation, et l’accusé (ou son avocat) lit éventuellement l’acte de défense.

Après la lecture de la liste des témoins appelés par le ministère public, la partie civile et l’accusé et, le cas échéant, la constitution de partie civile par la partie lésée ou ses héritiers, les témoins sont entendus. Tous les témoins prêtent serment.
Lorsque les témoins ont été entendus, les parties prennent la parole pour exprimer leur position devant le jury. Vient ensuite la plaidoirie de la partie civile, suivie du réquisitoire du procureur général (ou de son délégué) et de la défense de l’accusé. La parole est donnée en dernier lieu à l’accusé ou à son (ses) avocat(s).

Ensuite, les débats sont clos et le président de la Cour d’assises pose les questions auxquelles les membres du jury devront répondre.

Le jury s’isole pour délibérer. La délibération est secrète. En principe, le jury se prononce uniquement sur la question de la culpabilité. Pour ce faire, il répond par oui ou par non aux questions posées. La réponse doit en tous les cas faire apparaître clairement si l’accusé a commis les faits pour lesquels il est jugé.
Les membres du jury jugent selon leur intime conviction, ils ne doivent pas motiver leur décision. La décision est prise à la majorité des voix. La parité des voix (nombre égal de voix pour et de voix contre) tourne à l’avantage de l’accusé. Dans ce cas, le président prononce l’acquittement.

Si l’accusé est déclaré coupable, l’audience reprend pour permettre au ministère public et à la défense d’exposer leur point de vue sur la peine à infliger.
A l’issue de la délibération conjointe des magistrats de la Cour d’assises et du jury sur la peine à appliquer, la Cour rend son arrêt. La peine est alors fixée.

En principe, les audiences à la Cour d’assises sont publiques. La Cour peut toutefois ordonner le huis clos pour l’examen de l’affaire ou d’une partie déterminée de l’affaire, par exemple si la publicité des débats comporte un risque pour l’ordre public ou les bonnes mœurs.

Quel est le rôle du jury ?

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Le jury populaire joue un rôle important à la Cour d’assises. C’est lui, et lui seul, qui décide de la culpabilité. Cela signifie qu’il se prononce sur la question de savoir si l’accusé s’est rendu coupable des faits qui lui sont imputés.

Cette décision est prise sur la base d’un certain nombre de questions que le président de la Cour d’assises pose au jury après l’audition des témoins, les plaidoiries des parties et le réquisitoire du procureur général (ou de son délégué) et auxquelles le jury doit répondre par l’affirmative ou la négative. Outre les questions qui doivent permettre de déterminer clairement si l’accusé a commis les faits, des questions peuvent être posées quant aux circonstances aggravantes (par exemple, la préméditation dans le cas d’un homicide) et aux causes d’excuse qui peuvent entraîner une réduction de la peine (par exemple si l’auteur a été incité à commettre des actes de violence grave contre des personnes).

Si l’accusé est reconnu coupable, une peine est fixée par le jury conjointement avec les magistrats professionnels. Cette décision est prise à la majorité absolue.
Le jugement rendu par une cour d’assises est sans appel (on dit que la décision est rendue en premier et dernier ressort). Un recours peut être introduit auprès de la Cour de cassation, mais son rôle consiste uniquement à vérifier si, dans un dossier jugé, toutes les règles de droit ont bien été respectées. Elle ne se prononce donc pas sur les faits.

Quelles peines la Cour d’assises peut-elle prononcer ?

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La Cour d’assises est chargée essentiellement de juger des crimes.

Les peines principales qui peuvent être imposées pour des crimes sont la réclusion et la détention.

La réclusion signifie que le coupable sera emprisonné à perpétuité ou à temps, selon la gravité des faits. La réclusion à temps peut être prononcée pour une durée de 5 à 10 ans, de 10 à 15 ans, de 15 à 20 ans ou de 20 à 30 ans.

La détention est réservée aux crimes politiques et peut, selon la durée, être à perpétuité, extraordinaire (15 à 20 ans) ou ordinaire (10 à 15 ans ou 5 à 10 ans). Vu le caractère restrictif de la définition de la notion de “crime politique”, la peine n’est plus prononcée dans la pratique.

La peine de mort a été abolie par la loi du 10 juillet 1996 et remplacée par la réclusion à perpétuité ou par la détention à perpétuité.